Le massif du Vignemale et son glacier au crépuscule, vus depuis la vallée de Gaube
Avancé
3 jours
38 km
Pyrénées

Petit Vignemale et vallée de Gaube

Trois jours en boucle autour du Vignemale, avec un 3 000 m sans matériel d'alpinisme et une nuit au plus haut refuge des Pyrénées.
Cette fiche décrit l'itinéraire dans des conditions favorables. Vérifiez systématiquement la météo, l'état du terrain et les conditions du jour avant de partir. En montagne, vérifiez la présence de neige au printemps et au début de l'été. Les températures peuvent chuter fortement la nuit et avec l'altitude. Partez avec un équipement adapté. Vous restez seul juge de votre engagement.
38
km au total
2462
m de dénivelé positif
15-17h
de marche estimée
1058 à 3032
m d'altitude
2151 / 2651
m, altitude du bivouac
Se réveiller aux Oulettes avec la face nord du Vignemale en plein cadre, et savoir qu'on sera au sommet trois heures plus tard sans avoir sorti un crampon : c'est le meilleur rapport émotion/technicité que je connaisse dans les Pyrénées.

Le parcours

Effectué par l'auteur

Une vraie boucle de trois jours autour du Vignemale, sans navette ni voiture à replacer : on part de la vallée de Lutour, on bascule sur la vallée de Gaube par le bas, on remonte au Petit Vignemale, et on revient par le col des Gentianes. La difficulté monte crescendo — le jour 1 est long mais facile, le jour 3 est le plus engagé.

Jour 1 — La Fruitière → Oulettes de Gaube (15,3 km, +1 180 m / −400 m, 5h30 à 6h). Depuis le parking de La Fruitière (1 371 m), on redescend la vallée de Lutour jusqu'à La Raillère (1 060 m, point bas de la sortie), puis on remonte le chemin des cascades jusqu'au Pont d'Espagne (1 496 m), au lac de Gaube (1 725 m) et enfin au refuge des Oulettes de Gaube (2 151 m), planté face à la face nord du Vignemale. Longue journée en distance, mais sur des sentiers larges et sans aucune difficulté.

Jour 2 — Oulettes → Petit Vignemale → refuge de Baysselance (6,4 km, +815 m / −330 m, 3h à 3h30). Montée en lacets à l'hourquette d'Ossoue (2 734 m), d'où un aller-retour de 45 min mène au Petit Vignemale (3 032 m) sans mettre un pied sur le glacier. On redescend dormir au refuge de Baysselance (2 651 m), le plus haut refuge gardé des Pyrénées. Courte journée volontairement : elle laisse le temps de s'acclimater avant une nuit à 2 651 m, et de profiter du sommet sans courir.

Jour 3 — Baysselance → col des Gentianes → La Fruitière (16,1 km, +465 m / −1 745 m, 7h à 7h30). Descente sur les oulettes d'Ossoue, puis remontée au col des Gentianes (2 729 m), passage clé et point dur de la boucle. On bascule ensuite sur les lacs d'Estom Soubiran, le lac d'Estom (1 804 m) et sa longue vallée jusqu'à La Fruitière.

Plus court, ou plus rapide. Si l'objectif est simplement de dormir face au Vignemale, l'aller-retour depuis le Pont d'Espagne — notre bivouac aux Oulettes de Gaube — se fait en deux jours, 17 km et 810 m de dénivelé, et reste à la portée d'un débutant. Pour garder la boucle complète mais en deux jours, on fusionne deux étapes : jours 1 et 2 ensemble, 21,7 km et +2 000 m jusqu'à Baysselance (8h30 à 9h30) ; ou jours 2 et 3 ensemble, 22,6 km, +1 280 m et −2 070 m depuis les Oulettes (10h à 11h). Dans les deux cas la marge de repli disparaît — à réserver à ceux qui savent déjà ce que valent leurs jambes sur ce terrain.

Pourquoi le col des Gentianes et pas le col de Labas. Le col de Labas (2 719 m) relie les mêmes deux vallées, 1,5 km plus à l'ouest, et paraît plus direct sur la carte. C'est le passage que nous avions pris, et nous ne le recommandons pas : un névé qui tient tard dans la saison juste sous le col, et surtout un passage très exposé juste avant d'arriver à Baysselance. Le tracé proposé ici bascule volontairement plus à l'est, par les Gentianes : la boucle s'allonge un peu, mais ce passage disparaît.

Le bivouac

Nuit 1 — Oulettes de Gaube (2 151 m). On plante la tente au fond de la vallée de Gaube, aux abords du refuge, avec la face nord du Vignemale et son glacier suspendu droit devant. C'est l'un des plus beaux décors de bivouac des Pyrénées, et le lever du soleil dessus vaut à lui seul le détour par la vallée de Lutour. Terrain herbeux et plat, eau du gave à filtrer, refuge gardé à côté.

Nuit 2 — Baysselance (2 651 m). Il y a pas mal d'emplacements tout autour du refuge : pas de l'herbe, mais des spots aménagés par l'usage et protégés du vent par des murets de pierres. En haute saison, viser une arrivée pas trop tardive — les meilleurs emplacements partent vite, et il reste ensuite les plus exposés.

À cette altitude il gèle régulièrement en août et le vent d'ouest s'engouffre dans l'hourquette : sac de couchage confort négatif et tente haubanée sérieusement. En contrepartie, l'eau et le repli sont à cinquante mètres.

Tente au bord d'un lac d'altitude reflétant les montagnes, vallée de Gaube

Avant de partir

Réglementation

La totalité de l'itinéraire au-dessus du Pont d'Espagne est en zone cœur du Parc national des Pyrénées. La réglementation s'applique intégralement, et le secteur est l'un des plus surveillés du massif :

  • Bivouac autorisé de 19h à 9h uniquement, à plus d'une heure de marche des limites du parc. Les deux nuits remplissent largement la condition, mais l'horaire reste à respecter à la lettre : la tente se monte après 19h et se démonte avant 9h.
  • Chiens interdits, même tenus en laisse.
  • Feu interdit sous toutes ses formes, ainsi que les drones, la cueillette et le ramassage.
  • Déchets intégralement remportés, y compris organiques. Pas de toilettes hors refuges.

Le détail est publié par le Parc national des Pyrénées.

Ce qui rassure
  • Pas besoin de matériel d'alpinisme, contrairement au Vignemale par le glacier d'Ossoue. Le Petit Vignemale se fait en 45 min aller-retour depuis l'hourquette d'Ossoue : du terrain qui demande de l'attention, mais aucun pas d'escalade, aucune corde, aucun crampon en saison, et le glacier reste en contrebas.
  • Deux refuges gardés sur le parcours — Oulettes de Gaube (2 151 m) et Baysselance (2 651 m, ouvert de fin mai à mi-octobre). Eau, repas chaud, météo du lendemain et solution de repli si la nuit sous tente tourne mal.
  • Vraie boucle, sans navette ni deuxième voiture : on retrouve la voiture au point de départ, sur un parking gratuit.
  • Le jour 1 est long mais sans difficulté : sentiers larges, très fréquentés, avec la possibilité de s'arrêter au lac de Gaube ou de renoncer à tout moment.
  • Le jour 2 est court : 3h30 de marche pour un 3 000, ce qui laisse une vraie marge si la météo oblige à attendre ou à avancer.
Points de vigilance
  • Le col des Gentianes (2 729 m) est le point dur de la boucle, et il tombe le troisième jour, avec des jambes fatiguées. Au-delà de l'embranchement d'Arraillé il n'y a plus ni balisage ni panneau : on suit des cairns dans les éboulis, la sente est par endroits inexistante, et un court passage en dévers oblige à poser les mains. Un névé tardif au-dessus des barres rocheuses change complètement la donne — se renseigner avant de partir et prévoir de renoncer.
  • Ne pas basculer au col de Labas par gain de temps : c'est la variante à l'ouest, plus directe, mais avec un névé persistant et un passage très exposé au-dessus de Baysselance. Le détour par les Gentianes est délibéré.
  • Dormir à 2 651 m n'a rien à voir avec une nuit à 2 000 m : gelées fréquentes même en août, vent, et un sommeil souvent médiocre pour qui n'est pas acclimaté.
  • Le Petit Vignemale reste un 3 000 : aucun geste technique depuis l'hourquette d'Ossoue, mais du terrain qui demande de l'attention, et surtout l'orage de fin d'après-midi et les névés de début de saison.
  • Le jour 3 est long : 16 km et 1 745 m de descente, dont une vallée de Lutour interminable en fin de journée.

Y aller et s'orienter

Accès et stationnement

Départ du parking de La Fruitière (1 371 m), au fond de la vallée de Lutour, au-dessus de Cauterets.

  • Depuis Cauterets, prendre la D920 en direction du Pont d'Espagne, passer La Raillère, puis tourner à gauche sur la route de La Fruitière.
  • Parking gratuit, mais places limitées au bout de la route : arriver tôt en été et le week-end.
  • Route étroite et raide, à aborder tranquillement, et fermée du 1er décembre au 1er avril.

Le départ par la vallée de Lutour n'est pas anodin : c'est lui qui permet de fermer la boucle par le col des Gentianes. Un départ du Pont d'Espagne obligerait à une navette ou à une longue liaison sur route en fin de sortie.

Emporter la trace
Chargez la trace sur votre téléphone ou votre montre avant de partir. Le réseau mobile n'est pas garanti sur place.

Le kit recommandé

Le matériel ci-dessous couvre cet itinéraire dans les conditions décrites plus haut. Chaque kit détaille l'équipement pièce par pièce, avec le poids et le budget correspondants.

Questions fréquentes

Faut-il du matériel d'alpinisme ?

Non. Le Petit Vignemale se gravit depuis l'hourquette d'Ossoue sur un terrain qui demande de l'attention mais aucun geste technique : ni corde, ni crampons en saison, et le glacier reste en contrebas, on ne le traverse jamais. C'est le Vignemale lui-même, par le glacier d'Ossoue, qui relève de l'alpinisme — pas son petit voisin, qui reste une randonnée exigeante mais une randonnée.

Le col des Gentianes est-il évitable ?

Pas sans casser la boucle. On peut redescendre par la vallée de Gaube et récupérer sa voiture depuis le Pont d'Espagne, mais l'itinéraire perd alors sa logique. Si le col ne vous inspire pas confiance, mieux vaut viser d'emblée l'aller-retour aux Oulettes de Gaube, qui offre le même décor sans le passage hors sentier.

Peut-on dormir en refuge plutôt que sous tente ?

Oui, les deux nuits. Les Oulettes de Gaube et Baysselance sont gardés de fin mai à mi-octobre, sur réservation. C'est la version confort du même itinéraire, avec un sac nettement plus léger — un vrai argument sur une boucle de 38 km, et surtout pour la nuit à 2 651 m, où le froid pèse souvent plus que le dénivelé.

Quelle est la meilleure période ?

De mi-juillet à mi-septembre. Avant, les névés du col des Gentianes et de l'hourquette d'Ossoue changent la nature de la sortie. Après mi-octobre, Baysselance ferme et la nuit à 2 651 m devient hivernale : prévoyez de toute façon un sac de couchage largement dimensionné.